Marketing comme divertissement

Les gens ne viennent pas sur Instagram pour acheter. Une marque qui se présente comme une marque dans un feed de divertissement est une interruption. Elle n'a rien à faire là.

Set de contenu social autour d'une table, avec plats, téléphones et éclairage studio.

Il y a encore quelques années, une marque pouvait choisir de ne pas être sur les réseaux et présenter ce choix comme une forme de sérieux. Ce moment est passé. L'absence totale est une décision que très peu de marques peuvent réellement se permettre — et la plupart de celles qui la font ne la font pas par conviction, mais par inertie.

Le problème n'est pas que les marques ignorent ça. La plupart savent que les gens ne viennent pas sur Instagram pour acheter. Mais entre le savoir et en tirer les conséquences éditoriales, il y a un écart que peu franchissent vraiment.

Les gens sont là pour être distraits. Ils accordent leur attention à ce qui les amuse, les touche ou les emmène quelque part. Une marque qui se présente comme une marque dans un feed de divertissement est une interruption. Elle n'a rien à faire là.

Le produit n'est pas le sujet

Ce qu'une marque vend et ce qu'elle raconte sont deux choses différentes. Le produit est au centre de l'entreprise — il n'a aucune raison d'être au centre du contenu. Ce qui crée l'attachement, ce qui fait qu'on pense à une marque au moment de l'achat, c'est le monde dans lequel elle existe, les situations qu'elle convoque, les gens qu'elle met en scène.

Les marques alimentaires ont compris ça avant beaucoup d'autres. Les comptes qui grossissent ne montrent pas leurs produits. Ils montrent des cuisines, des textures, des gestes, des repas ratés, des habitudes bizarres. Le produit peut être là en arrière-plan ou absent — ça n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est que le spectateur se reconnaît dans ce qu'il voit.

Le contenu qui ne ressemble pas à de la communication

Il n'existe pas de format universel qui règle la question. Ce qui fonctionne dépend de la marque, de son univers, de l'audience qu'elle a construite ou qu'elle cherche à construire. Ce qui est constant, c'est le principe : le contenu qui accroche est celui qui ne ressemble pas à de la communication.

Pas de mise en scène de la marque — une mise en scène de la vie autour d'elle. Ce que les gens regardent jusqu'au bout, c'est ce qui leur donne le sentiment d'observer quelque chose de réel. La forme que ça prend est secondaire. Ce qui compte, c'est que le contenu existe pour l'audience, pas pour la marque.

Ce que ça implique pour la production

Tenir cette logique dans le temps demande d'accepter une chose inconfortable : ne pas parler de soi directement.

Construire un territoire éditorial, c'est définir un univers cohérent dans lequel la marque existe sans s'imposer comme sujet. C'est produire régulièrement, dans un registre stable, des contenus qui n'ont pas vocation à convaincre immédiatement mais à installer une familiarité dans le temps. Ce travail ne s'improvise pas et ne se délègue pas à la légère. Il suppose un process qui rende la régularité possible sans que chaque publication soit une négociation.

La plupart des équipes sous-estiment ce que ça demande structurellement — et découvrent trop tard que le contenu cesse d'exister quand la pression retombe.